La méthode TOP©

Présentation de la méthode TOP par Edith Perrault-Pierre*

Ancien médecin militaire, Edith Perreaut- Pierre a inventé la méthode de Techniques d’Optimisation du Potentiel® (TOP), dite méthode TOP. Cette méthode s’est notamment développée au sein de l’armée française dans les années 1990 pour gérer le stress opérationnel.

Comment est née la méthode TOP ?

Après des études de médecine, je me suis engagée dans l’armée puis spécialisée dans la médecine du sport, qui n’en était qu’à ses balbutiements à cette période (NDLR : fin des années 1980). Si la traumatologie et la physiologie étaient bien connues, le mental n’avait que très peu de place dans les discussions.

 

Pourtant, les aspects psychologiques, notamment la gestion du stress, sont des facteurs clés de performance ou de contre-performance à étudier. Étant également formée à la sophrologie et à l’hypnose, l’armée m’a demandé de développer une méthode permettant de gérer le stress ainsi que la fatigue des soldats en mission.

A l’époque, rien n’existait sur le sujet. Je me suis donc beaucoup appuyée sur des expériences menées sur le terrain, auprès des sportifs de haut niveau que j’accompagnais, mais également auprès de mes patients. C’est ainsi que la méthode a commencé à se développer en 1991.

La méthode TOP est un ensemble de stratégies qui permettent de mobiliser toutes ses ressources, qu’elles soient physiques, psycho-cognitives ou émotionnelles.

Qu’est-ce que la méthode TOP ?

La méthode TOP, c’est un ensemble de stratégies qui permettent de mobiliser toutes les ressources, qu’elles soient physiques, psycho-cognitives ou émotionnelles, en fonction des exigences de la situation que l’individu est en train de vivre. En pratique, cela consiste en la capacité de mobiliser un maximum de ressources attentionnelles ou physiques pour un travail nécessitant une grande énergie, ou au contraire, savoir les économiser. C’est donc la gestion de la dépense énergétique.

Comment cette méthode est-elle construite ?

Lorsque l’on m’a demandé d’enseigner cette méthode, l’approche empirique m’a fait observer que j’utilisais toujours, plus ou moins, le même schéma. J’ai donc essayé de le modéliser afin de pouvoir l’enseigner. Quelques principes devaient toutefois être respectés. Il fallait que la méthode soit utilisable par tous, du 2ème classe au général, simple, pour être comprise par tout le monde, utilisable dans toutes les situations, et brève.

Si cette méthode a évolué depuis sa création, les techniques se fondent essentiellement sur quatre piliers : la respiration, l’imagerie mentale, le dialogue interne et la relaxation.

Les techniques de cette méthode se fondent essentiellement sur quatre piliers : la respiration, l’imagerie mentale, le dialogue interne et la relaxation.

Où se placent les TOP dans la préparation mentale ?

Les TOP sont des outils de préparation mentale, mais ce ne sont pas les seuls. Ce qui existait au départ, c’était surtout la sophrologie sur laquelle certains préparateurs mentaux se sont appuyés. D’autres se sont appuyés sur la PNL.

Quelles sont les différences entre la psychologie et la préparation mentale ?

A l’intérieur de la psychologie, il y a plusieurs branches dont la psychothérapie, qui fait partie du champ pathologique et traite des réactions pathologiques (stress, anxiété), puis la préparation mentale, qui fait partie du champ non pathologique et s’attache à la pédagogie et à l’éducation.

A mon sens, l’objectif de la préparation mentale est l’apport d’outils aux personnes pour qu’elles puissent se gérer seules, en toute autonomie.

Comment identifier la branche la plus adaptée entre la psychothérapie et la préparation mentale ?

Un chapitre de la formation TOP est dédié à cette thématique et permet de distinguer les personnalités saines et les personnalités pathologiques, ce que j’ai appelé « champs de compétences ». Encore faut-il les connaître, ce qui n’est pas le cas de tous les professionnels qui ne sont pas tous formés sur cet aspect.

Pour identifier une pathologie, on utilise beaucoup l’imagerie mentale et le dialogue interne. Si les personnes restent figées sur des images et des pensées négatives, sans parvenir à les remplacer par du positif, nous sortons du champ de la préparation mentale. C’est le champ de la psychothérapie. Il est important d’effectuer ce travail car l’efficacité de l’approche choisie en dépend.

On sait, par exemple, que tout le travail en imagerie mentale, sur le plan pédagogique, ne fonctionne pas chez les personnes dépressives car elles sont incapables de trouver des images positives ou des ressources positives en elles. Dans un tel cas de figure, cela nécessite un travail thérapeutique avec un psychothérapeute, et non un préparateur mental.

Le développement de la préparation mentale a-t-il engendré une méfiance quelconque de la part de confrères psychologues ou médecins ?

Effectivement, les psychothérapeutes, les psychologues cliniciens et les psychiatres étaient très méfiants. Ceux qui n’avaient pas lu ce que je faisais pensaient que j’allais empiéter sur leur territoire. Cela étant, il y a des psychologues de l’armée de terre qui se sont formés parce qu’ils ont bien perçu que je ne me situais absolument pas sur le champ de la psychothérapie, mais sur celui de la pédagogie. De plus, j’ai toujours reçu le soutien des forces armées, parce que le stress était un véritable problème chez le combattant. Il en était de même pour la fatigue concernant les pilotes de chasse lorsqu’ils partaient en intervention longue. J’apportais une réponse méthodique à leur questionnement, qui s’avérait efficace.

Il m’a cependant été reproché de faire pratiquer illégalement de la médecine à des moniteurs de sport que je formais. Rappelons que la préparation mentale n’est pas de la médecine. Néanmoins, je me suis inévitablement posé la question de savoir si je n’allais pas inciter certaines personnes à pratiquer de la psychothérapie sauvage.

C’est donc pour éviter toute dérive que j’ai listé les critères du champ pédagogique et du champ thérapeutique, afin de structurer et délimiter les champs de compétences de chacun. Malheureusement, toutes les formations et méthodes ne font pas ce travail, qui me semble pourtant indispensable.

L’accompagnement auprès de sportifs a-t-il suscité des réactions similaires ?

Au début, j’ai été confrontée à beaucoup de méfiance de la part des entraineurs. C’était l’époque où ces derniers pensaient que pour développer le mental, il fallait faire des tours de piste. Ce n’est pas complètement faux parce que tout est en interaction, le trépied de la performance étant constitué des compétences physiques, techniques et mentales.

Au début, j’ai été confrontée à beaucoup de méfiance de la part des entraineurs. C’était l’époque où ces derniers pensaient que pour développer le mental, il fallait faire des tours de piste.

En quoi consiste l’imagerie mentale abordée dans la méthode ?

Grâce à des études en IRM fonctionnelle, il a été démontré que le fait d’imaginer visuellement une scène permet de stimuler les zones cérébrales concernées par le geste. Le cerveau réagit finalement de la même manière, que la scène soit dans notre imaginaire ou se déroule réellement.

La Répétition Mentale, technique qui utilise l’imagerie mentale permet notamment d’accélérer les apprentissages. On peut les utiliser dans les processus de rééducation, post-AVC par exemple ou chez les blessés. Dans cette idée, lorsque les sportifs étaient blessés, je leur proposais de jouer dans leur tête. Cela permettait d’accélérer leur retour sur le terrain. De même, la Répétition Mentale est utile pour toutes les disciplines techniques ou stratégiques.

Afin de crédibiliser les méthodes aux yeux des professionnels de santé, avez-vous mené des recherches ?

Il a fallu faire des choix car le temps est incompressible. J’ai donc privilégié l’approche terrain à la recherche, même si j’en ai fait. Par exemple, pour revenir à l’imagerie mentale, j’avais trouvé des études datant du XIXème siècle sur le lancer de fléchettes. Il y avait eu de nombreuses études, notamment en sport, car le résultat est facilement mesurable. Celles-ci démontraient que l’imagerie mentale permettait d’accélérer les apprentissages, et donc, combiné à l’entretien physique, permettait une optimisation de la performance.

Au début, les gens m’interrogeaient sur le point de savoir si des études permettaient de démontrer l’efficacité des TOP. Ces études n’existaient pas car je n’avais pas eu le temps de m’y consacrer, et personne ne souhaitait financer de telles études. Je reste cependant persuadée que ce n’est pas toujours les études qui permettent le développement d’une méthode, mais le fait que les gens y croient.

Je disais aussi aux gens d’expérimenter, de ressentir et de constater par eux-mêmes. Si les études sont importantes, il ne faut pas oublier que ce ne sont jamais que des statistiques. Il y a donc les analyses statistiques, puis les individus. Moi ce qui m’intéressait, c’était l’individu.

Maintenant, il y a des études qui ont été réalisées, notamment sur les bénéfices des TOP sur le stress, sur le sommeil, etc.

Quels ont été les premiers sports à avoir fait appel à la préparation mentale ?

L’équipe suisse de ski alpin a été la première à faire appel à un sophrologue (NDLR : Raymond Abrezol) et à des techniques de préparation mentale dans les années 1960. Ils ont obtenu d’excellents résultats, juste après la période de domination de Jean-Claude Killy, notamment.

Cet accompagnement, nous en avons eu connaissance plusieurs années après car les sportifs n’osaient pas dire qu’ils avaient eu recours à un sophrologue, sûrement par peur des réactions, pour certains, puis par souhait de ne pas dévoiler l’une des raisons de leur réussite, pour d’autres.

Peut-on imaginer, dans les prochaines années, des méthodes de préparation mentale au programme de l’éducation nationale et enseignées à l’école ?

Totalement. Nous sommes plusieurs à tenter d’oeuvrer dans ce sens. Nos voisins européens, notamment les pays scandinaves, ont déjà recours à ces méthodes. De plus, les TOP sont adaptables aux personnes qui y recourent, l’objectif étant que chaque personne puisse trouver ses propres solutions.

Edith Perreaut-Pierre, conceptrice des Techniques d’Optimisation du Potentiel® (TOP), consultante, formatrice et préparateur mental

* Source : Cercle K-2 – La préparation mentale pour tous