
Traverser le doute pour mieux diriger : rencontre avec Sylvaine Scheffer
Alors que Force Femmes organise les 29 et 30 septembre 2026 la première édition du Forum Distress — un événement digital consacré aux entrepreneuses traversant une période de doute ou de fragilité — nous avons souhaité donner la parole à une professionnelle qui accompagne au quotidien des dirigeant.es dans ces moments-là.
Sylvaine Scheffer n’intervient pas à cet événement ; elle réagit ici, à titre personnel, à des thématiques qu’elle connaît par expérience, en tant que cheffe d’entreprise elle-même.

Ce Forum s’adresse aux entrepreneuses qui doutent, à un moment ou un autre de leur parcours. Ce thème vous parle particulièrement ?

« Énormément. On parle beaucoup de la réussite entrepreneuriale, beaucoup moins des passages à vide.
Pourtant les chiffres sont clairs : le dernier baromètre de Bpifrance Le Lab montre que 49 % des dirigeants de PME et d’ETI se disent isolés, en hausse par rapport à il y a dix ans.
Et une étude récente d’Initiative Île-de-France indique que 93 % des femmes entrepreneures ont déjà ressenti le syndrome de l’imposteur.
Ce ne sont pas des fragilités individuelles, c’est une réalité structurelle du métier de dirigeant.
Un événement qui ose nommer la vulnérabilité plutôt que de la cacher me semble donc précieux. »
Vous avez vous-même connu une bascule professionnelle importante en quittant un poste de DRH pour cofonder Coévolution.
Qu’est-ce que ce changement vous a appris sur le doute ?

« Cette bascule est née d’une fusion. La stratégie de la nouvelle entité s’est éloignée de mes valeurs, du sens que je voulais donner à mon travail — et on m’a proposé une augmentation significative pour m’aider à accompagner ce changement.
J’aurais pu rester, confortablement. J’ai préféré prendre le risque de monter mon activité pour rester alignée avec ce en quoi je crois, alors même que mes enfants étaient encore très jeunes et que mon mari traversait lui-même une transition professionnelle.
Le doute était bien réel — le confort matériel qu’on me proposait n’était pas rien.
Mais c’est ce choix, précisément parce qu’il était risqué, qui m’a donné une énergie que le poste sécurisé ne m’apportait plus. »
Un des objectifs du Forum est justement de « prendre du recul ».
Dans votre pratique de coach, comment définiriez-vous ce recul, et comment l’avez-vous cultivé pour vous-même ?

« Prendre du recul, ce n’est pas s’éloigner de ses responsabilités, c’est changer de position d’observation sur elles. Deux événements l’ont particulièrement mis à l’épreuve pour moi.
D’abord la crise du Covid, avec une activité réduite à quelques accompagnements terrain en urgence : il y a eu une phase d’inquiétude, une certaine anxiété je dois le reconnaître — puis ce ralentissement forcé a créé l’espace pour revoir notre modèle, nos approches, et cela a généré beaucoup de créativité.
Ensuite un cancer, une épreuve dont j’ai déjà eu l’occasion de parler, qui a encore affûté ce qui compte vraiment pour moi : ma vision de la société, mon rapport aux autres, et en particulier mon engagement auprès d’autres femmes elles aussi touchées par la maladie.
Je crois que si ce recul a pu déboucher sur de l’innovation et sur un engagement renouvelé plutôt que sur du repli, c’est parce que le pouvoir et l’argent n’ont jamais été mes premiers moteurs : c’est le sens et l’utilité commune qui boostent ma capacité à oser et à innover, y compris — surtout — dans les moments difficiles. »
Le Forum insiste aussi sur « s’entourer ». C’est un axe que vous retrouvez chez les dirigeantes que vous accompagnez ?

« Constamment. La solitude du dirigeant n’est pas qu’un ressenti, elle a un coût réel : moins de relais pour faire circuler les signaux faibles, moins de décisions challengées avant d’être actées.
Pour ma part, au-delà du binôme fondateur que je forme avec Édith Perreaut-Pierre, il y a aussi un associé plus discret, Olivier Farray, et tout un écosystème — partenaires, amis, famille — sans lequel je n’aurais pas tenu la distance dans les moments de fragilité. S’entourer, ce n’est pas une option de confort, c’est ce qui permet de tenir. »
Un dernier mot pour une entrepreneuse qui lirait ce témoignage en plein doute aujourd’hui ?

« Que le doute n’est pas le signe qu’elle se trompe de chemin, mais souvent le signe qu’elle est en train de changer d’échelle. Ce qui compte, c’est de ne pas le traverser seule — un forum comme celui-ci, un pair, un coach, une associée : peu importe la forme, l’essentiel est de sortir de l’isolement au bon moment plutôt que trop tard. »
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Sylvaine Scheffer est Présidente et cofondatrice de Coévolution, cabinet de coaching et de formation certifié Qualiopi. Formatrice senior et coach certifiée à la Méthode TOP©, elle accompagne dirigeants et équipes depuis plus de dix-huit ans, après une première carrière d’environ vingt ans en management international.
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